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Bruno Le Maire entre au gouvernement

Lors d’une conférence de presse concluant le Conseil européen de Bruxelles, Nicolas Sarkozy a annoncé la nomination de Bruno Le Maire au poste de secrétaire d’Etat des Affaires européennes, en lieu et place de Jean-Pierre Jouyet, qui va prendre la tête de l’Autorité des marchés financiers.

« Je voudrais vous annoncer qu’en accord avec le Premier ministre, j’ai demandé à Bruno Le Maire de remplacer Jean-Pierre Jouyet », a déclaré Nicolas Sarkozy en marge du sommet européen à Bruxelles. « J’ai signé le décret tôt ce matin » concernant cette nomination, a-t-il ajouté. Le président français estime qu’il s’agit d’une « homme jeune, talentueux, compétent et profondément européen ».

Bruno Le Maire, 39 ans, est un énarque normalien, diplomate de formation et germanophone. Député UMP de la première circonscription de l’Eure (Evreux-sud) longtemps détenue par Jean-Louis Debré, il a été conseiller politique de Dominique de Villepin à son arrivée à Matignon en 2005, avant d’en devenir le directeur de cabinet en remplacement de Pierre Mongin, nommé PDG de la RATP.

Bruno Le Maire succède à Jean-Pierre Jouyet

Bruno Le Maire n’était cependant pas le premier choix de Nicolas Sarkozy, qui avait proposé le poste à Rama Yade, actuelle secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme, en même temps que la tête de liste UMP aux européennes de juin 2009 en Ile-de-France. Mais cette dernière a refusé cette proposition, ce qui aurait irrité le chef de l’Etat. Le poste échoit donc à ce proche de Dominique Villepin.

« Dans mon esprit, c’est aussi une façon de dire à la majorité que chacun qui veut apporter sa pierre à l’oeuvre de réforme que nous engageons ensemble est le bienvenu », a noté Nicolas Sarkozy. « Je ne peux pas être un homme d’ouverture vis-à-vis d’une partie de la gauche, et ne pas être de la même ouverture vis-à-vis de l’ensemble des sensibilités de ma propre famille politique, personne ne le comprendrait ».

Une ouverture que contestent les « chiraco-villepinistes », qui revendiquent une vingtaine de députés mais ne considèrent plus depuis longtemps Bruno Le Maire comme un des leurs.

Cette nomination ne change ni « notre appréciation de la situation politique » ni « l’équilibre politique du gouvernement », dit l’un de ces députés. « Ce n’est pas un message d’ouverture. »

Bruno Le Maire remplace auprès du chef de la diplomatie française Jean-Pierre Jouyet, un des proches de la gauche entré au gouvernement français en 2007 dans le cadre de la politique dite « d’ouverture » de Nicolas Sarkozy. Jean-Pierre Jouyet doit prendre à partir du 15 décembre la présidence de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Le 10 décembre, à l’Assemblée nationale, au cours du traditionnel débat sur la préparation du Conseil européen, Jean-Pierre Jouyet, s’est adressé en ces termes à son successeur: « Je ne sais pas où vous serez, mais la connaissance que vous avez de la langue allemande sera déterminante là où vous serez ». Quelques minutes auparavant, Bruno Le Maire, qui maîtrise parfaitement l’anglais et l’allemand, s’était exprimé à la tribune de l’hémicycle au nom du groupe UMP.

« Dans cette crise, l’Union européenne a un rôle fondamental à jouer: elle doit être un des pôles capables d’instaurer de nouvelles normes pour mieux réguler le capitalisme et éviter une déflagration comme celle d’aujourd’hui », estimait-il dans une interview publiée fin septembre par l’Express.

Une carrière aux côtés de Dominique de Villepin

A 39 ans, ce normalien né à Neuilly, ancien élève de l’Ena – où il côtoya notamment l’ancien porte-parole de l’Elysée David Martinon – agrégé de lettres, il entre à la direction des Affaires stratégiques, de Sécurité et du Désarmement du ministère des Affaires étrangères.

En 1997, il décide de s’engager en politique et propose ses services à Dominique de Villepin, alors secrétaire général à l’Elysée. Puis, en 2002, il le suit au Quai d’Orsay et se trouve plongé dans l’épisode irakien.

En 2004, il part avec son mentor, « qui a la grandeur de la France chevillée au corps », écrit-il, au ministère de l’Intérieur, avant d’atterrir à Matignon un an plus tard.

Après le départ de Pierre Mongin, nommé à la tête de la RATP en mai 2006, il est nommé directeur de cabinet du premier ministre. En fonction au moment de la campagne référendaire, il assiste avec le gouvernement au retournement de l’opinion publique française et au non au référendum du 29 mai 2005 sur le projet de constitution européenne.

Aujourd’hui, Dominique de Villepin et Bruno Lemaire ne se parlent plus. Les mesures de contrôle judiciaire à l’encontre de l’ancien premier ministre dans le cadre de l’affaire Clearstream prévoient en effet une interdiction d’entrer en contact avec Bruno Le Maire. En juin 2007, avec le soutien de Nicolas Sarkozy, il est élu député de la première circonscription de l’Eure, succédant à un Jean-Louis Debré parti pour le Conseil constitutionnel.

Avec la nomination de ce nouveau membre du gouvernement, la période qui s’ouvre est cruciale. Six mois séparent en effet la fin de la Présidence française de l’UE des élections européennes.

« Opérationnel immédiatement »

Pour le député Benoist Apparu, qui salue « sa connaissance délirante de l’Etat », il sera « opérationnel immédiatement », et sur les Affaires européennes en particulier: « il connaît la moitié des dirigeants européens par coeur ».

Ce jeune énarque normalien, né le 15 avril 1969 dans le fief de Nicolas Sarkozy, à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), a rejoint l’Assemblée nationale en juin 2007 pour son premier mandat de député.

Marié, père de deux enfants, il a adhéré à l’UMP début 2007 avant d’être élu dans la première circonscription de l’Eure (Evreux-sud) que Jean-Louis Debré venait de quitter pour devenir président du Conseil constitutionnel. Il est, depuis le 16 mars 2008, conseiller municipal de la ville d’Evreux, et depuis avril 2008, conseiller politique de l’UMP.

« Programmé pour devenir ministre »

« Il a été directeur de cabinet de Dominique de Villepin, Jean-Louis Debré l’a mis en selle à Evreux (Eure), avec tout ça, ce garçon était programmé pour devenir ministre », a confié à l’AFP le député villepiniste Jean-Pierre Grand. Et commentant l’entrée au gouvernement de Nicolas Sarkozy d’un ancien fidèle de M. de Villepin: « est-ce qu’on a demandé à monsieur Kouchner de ne plus être socialiste? »

Complètement, à moitié ou plus du tout villepiniste, Bruno Le Maire, qui ne revendique en tout cas pas cette étiquette, n’en demeure pas moins loyal à l’égard de son ancien mentor. S’il n’a jamais fréquenté assidûment le cercle des admirateurs de Dominique de Villepin, il se défend toutefois sur son blog de l’avoir « lâché »: « Je sais parfaitement tout ce que je dois à cet homme, pour qui j’ai toujours gardé la même amitié et le même respect », écrivait-il.

Ce trentenaire longiligne au sourire discret, est considéré comme la « plume » de l’ancien chef de la diplomatie française qui inspira son discours, en février 2003, devant le Conseil de Sécurité contre la guerre en Irak.

Il est aussi l’auteur d’un livre à succès « Des hommes d’Etat », nourri d’anecdotes relatant la relation houleuse entre ses deux patrons, l’ancien et le nouveau.

Depuis son entrée au Palais-Bourbon, il était l’un des animateurs d’un cercle d’une quinzaine de jeunes députés du cru 2007, baptisé par les médias les « non-alignés ».

Benoist Apparu, membre de ce club informel, dit de son collègue: « c’est un techno atypique: il a le profil brillant du haut fonctionnaire doublé d’un bon vivant qui est pas le dernier à raconter des conneries ».

Pour un député chiraquien, « dans la tête de Sarkozy, prendre un type de Villepin a forcément été intégré dans l’équation ».

« Si les sarkozystes considèrent que Le Maire est un trophée de guerre, c’est une conception de la politique qui n’est pas la nôtre », rétorque un fidèle du premier ministre déchu de la chiraquie.

Certains pourront lui reprocher de « se vendre au diable », mais « le schéma est plus complexe, pour quelqu’un qui, du jour au lendemain, n’a plus le droit de voir son boss », explique Benoist Apparu, évoquant la décision de justice qui interdit à Bruno Le Maire tout contact avec son ex patron, depuis juillet 2007.

Prise de fonction ce samedi

Bruno Le Maire prendra ses fonctions samedi à 10h30, indique-t-on de source gouvernementale française.

Il connaîtra son baptême du feu dès la semaine prochaine au Parlement européen à Strasbourg, où il accompagnera mardi Nicolas Sarkozy et assistera au débat et au vote du paquet « énergie-climat » adopté vendredi par le Conseil européen.

Sources: Journal du Dimanche, France Info, Le Point, L’Express, Le Nouvel Observateur et Euractiv

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