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	<title>2Villepin &#187; La cité des hommes</title>
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	<description>Blog sur Dominique de Villepin</description>
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		<title>La cité des hommes, par Dominique de Villepin (10/10): L&#039;identité culturelle</title>
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		<pubDate>Sat, 19 Sep 2009 11:42:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Fred</dc:creator>
				<category><![CDATA[La cité des hommes]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><em>Ce samedi, dernier extrait de La cité des hommes: L'identité culturelle</em></p> <p>La maison France doit enfin défendre son indépendance culturelle. Longtemps, elle a accordé une importance plus grande à ses institutions et moyens d'action que les autres pays dans ce domaine. Son engagement lui a permis, de longue date, d'en faire un instrument de rayonnement, donc d'influence. Si les cinquante dernières années ont salué le développement d'autres imaginaires, notamment américain ou japonais, l'influence culturelle française reste encore à ce jour parmi les plus fortes. Elle ne se limite pas aux gloires d'un passé prestigieux. L'Université américaine a été irriguée dans les dernières décennies par les grands noms de la philosophie française. La francophonie est vivante et jamais n'ont paru en France autant de chefs-d'oeuvre romanesques, poétiques ou musicaux de l'univers francophone d'Afrique ou des Caraïbes.</p> <p>Si l'indépendance est la condition de l'existence d'une nation, sa culture prouve sa vitalité et nourrit son identité. Parce que l'identité n'est jamais figée, définitive ou acquise, elle est l'expression même d'une liberté collective. (...)</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Ce samedi, dernier extrait de La cité des hommes: L&#8217;identité culturelle</em></p>
<p>La maison France doit enfin défendre son indépendance culturelle. Longtemps, elle a accordé une importance plus grande à ses institutions et moyens d&#8217;action que les autres pays dans ce domaine. Son engagement lui a permis, de longue date, d&#8217;en faire un instrument de rayonnement, donc d&#8217;influence. Si les cinquante dernières années ont salué le développement d&#8217;autres imaginaires, notamment américain ou japonais, l&#8217;influence culturelle française reste encore à ce jour parmi les plus fortes. Elle ne se limite pas aux gloires d&#8217;un passé prestigieux. L&#8217;Université américaine a été irriguée dans les dernières décennies par les grands noms de la philosophie française. La francophonie est vivante et jamais n&#8217;ont paru en France autant de chefs-d&#8217;oeuvre romanesques, poétiques ou musicaux de l&#8217;univers francophone d&#8217;Afrique ou des Caraïbes.</p>
<p>Si l&#8217;indépendance est la condition de l&#8217;existence d&#8217;une nation, sa culture prouve sa vitalité et nourrit son identité. Parce que l&#8217;identité n&#8217;est jamais figée, définitive ou acquise, elle est l&#8217;expression même d&#8217;une liberté collective. (&#8230;)</p>
<p><span id="more-1254"></span></p>
<p>Nous avons tracé à travers l&#8217;histoire un chemin particulier, une façon singulière de vivre ensemble. Ce pacte républicain connaît aujourd&#8217;hui d&#8217;importantes mutations. Evitons de l&#8217;étouffer en le sacralisant comme de le brader au nom d&#8217;une modernité de circonstance.</p>
<p>Là comme ailleurs, pas de stratégie possible sans vision. Si on peut déplorer depuis de nombreuses années la disparition d&#8217;une politique culturelle digne de ce nom, ce n&#8217;est pas faute de nécessité. Fondée sur le partage et l&#8217;adhésion, la culture porte en elle-même une ambition de dépassement des divisions et c&#8217;est pour cette raison que les plus grandes réalisations en ce domaine interviennent en période de crise. Ce fut le cas à l&#8217;époque napoléonienne pour surmonter les fractures de la Révolution. De même, aux débuts de la IIIè République, lorsqu&#8217;il fallait panser les plaies de la défaite. Enfin, ce fut un impératif lors de l&#8217;arrivée au pouvoir du général de Gaulle, soucieux de désamorcer les guerres civiles larvées et la crise de la France coloniale qui avaient marqué la IVè République. Aujourd&#8217;hui, la crise appelle donc à son tour une politique culturelle d&#8217;envergure qui passe notamment par une meilleure articulation avec l&#8217;Education nationale.</p>
<p>L&#8217;impression d&#8217;une culture officielle, octroyée ou imposée par des élites à une population qui en serait la réceptrice passive, doit être évitée Au mieux, c&#8217;est un effort dilapidé&nbsp;; au pire de la propagande. Notre tradition du mécénat qui fixe le goût et glorifie le prince laisse un magnifique patrimoine, bien sûr, comme à Versailles, mais ne crée pas sur le moment d&#8217;effets d&#8217;entraînement au sein de la population. C&#8217;est une culture fermée, déphasée, courtisane. La culture française se trouve actuellement en voie de patrimonialisation sous le poids de l&#8217;accumulation de ses richesses passées. Le coût de l&#8217;entretien de l&#8217;ensemble des monuments concentre les efforts budgétaires alors qu&#8217;elle doit n&#8217;en être qu&#8217;une partie</p>
<p>Inversement, il faut se garder en matière de culture populaire de toute récupération qui brouille les lignes et risque d&#8217;affaiblir le pacte républicain. L&#8217;Etat doit avoir le sens de ce qui dure tout en respectant ce qui est appelé à passer.</p>
<p>La culture républicaine n&#8217;est ni élitiste ni populaire, elle est libre de se mouvoir en mettant à la disposition de tous les moyens de la connaître et de l&#8217;apprécier. Ce souffle intérieur a cruellement besoin d&#8217;être ravivé aujourd&#8217;hui en favorisant la création et le rayonnement culturels. Une politique &laquo;&nbsp;des cultures&nbsp;&raquo; cherche toujours un équilibre dynamique entre le centre et ses périphéries. Aujourd&#8217;hui, les langues régionales demandent à être reconnues. Elles doivent entrer en dialogue les unes avec les autres et réfléchir sur les expériences communes.</p>
<p>La diffusion de la culture se donne comme défi, après Malraux, l&#8217;accès de tous aux &laquo;&nbsp;oeuvres de l&#8217;esprit&nbsp;&raquo;, d&#8217;ici ou d&#8217;ailleurs. La culture parle à l&#8217;universel, loin de tout repli sur une identité nationale fantasmée par un récit linéaire de l&#8217;histoire. Qu&#8217;il y ait des lieux du souvenir national et de la commémoration est légitime, mais nous ne devons, en aucun cas, confondre la commémoration avec la culture. La connaissance du passé est cruciale et il faut qu&#8217;elle soit aussi libre que possible, parce qu&#8217;on ne prend pas son identité sous la dictée. Mais le désir du présent est tout aussi important. Seule la confrontation à la diversité de la création peut éviter l&#8217;enfermement du regard et libérer des oeillères. Pour assurer la circulation de la culture nous n&#8217;avons pas de meilleur instrument que l&#8217;éducation artistique. Ne serait-il pas nécessaire de donner accès aux arts et à leur apprentissage tout au long de la vie? On pourrait ainsi imaginer des Maisons des arts dans chaque commune disposant d&#8217;un collège d&#8217;enseignement secondaire, concentrant les enseignements, ateliers, manifestations et conférences, concernant l&#8217;ensemble des arts &#8211; musique, cinéma, arts graphiques et d&#8217;autres encore &#8211; à l&#8217;intention des enfants d&#8217;âge scolaire comme des adultes. Favoriser le dialogue entre les générations apparaît comme une clé de la cohésion de nos sociétés vieillissantes.</p>
<p>L&#8217;encouragement à la création est l&#8217;autre défi à relever. L&#8217;Etat doit agir ici avec ses artistes et non les régenter. En aucun cas, il ne peut avoir la prétention de se substituer à eux pour définir ce qui est beau ou moderne. Il doit borner son action à accompagner et favoriser la création, en partant du principe que la sélection des formes se fait d&#8217;elle-même au sein de la société et que la culture est d&#8217;autant plus riche que ses artistes sont abondants.</p>
<p>La préservation de la diversité culturelle a un coût. Il a fait débat à propos du régime d&#8217;indemnisation du chômage des intermittents du spectacle, parce qu&#8217;on a longtemps confondu instruments de politique culturelle &#8211; en tenant des discontinuités et irrégularités des revenus dans le monde artistique &#8211; et moyens classiques de l&#8217;Etat providence, qui n&#8217;est plus en mesure de les assumer. L&#8217;Etat doit s&#8217;engager pour remplir les vides laissés tout en veillant à ce que le système soit purgé de ses abus.</p>
<p>Soutenir la création suppose aussi de mieux accompagner les industries concernées, parce que la culture a changé d&#8217;échelle économique et géographique. Pour le cinéma, une politique uniforme s&#8217;appliquant aux films d&#8217;auteur comme aux films à grand spectacle est vouée à l&#8217;échec. Chaque segment du marché du &laquo;&nbsp;septième art&nbsp;&raquo; a besoin d&#8217;aides spécifiques pour la concurrence internationale ou intérieure, dans le cadre de partenariats depuis la production jusqu&#8217;à la distribution. Le livre, peu subventionné en comparaison, mérite aussi un effort significatif, par exemple en faveur des traducteurs et afin d&#8217;encourager le développement du livre numérique.</p>
<p>Pour augmenter le rayonnement de la culture française, des relais sont nécessaires pour faire connaître la création contemporaine. Nous disposons à cet effet d&#8217;atouts avec notre réseau d&#8217;institutions à l&#8217;étranger capable d&#8217;assurer le contact avec les créateurs français, de diffuser notre culture et de manifester sa spécificité: centres et instituts culturels, Alliance française, partenariats universitaires, coopération de musées. La francophonie, cadre original et vivant, est en panne de projet et à la recherche d&#8217;un nouvel équilibre entre la France et les autres pays francophones. Elle doit être décentrée et repensée comme un réseau de cultures apparentées. Contrairement à une idée reçue, le nombre de ceux qui parlent le français dans le monde augmente. La langue française est un bien commun, socle de notre unité et voix de notre indépendance. Dans les nouveaux usages du monde, elle reste une soupape contre l&#8217;hégémonie de la langue anglaise et un pilier de la diversité des cultures. Il faut défendre, pied à pied, sa fonction de langue de communication dans les institutions internationales ou communautaires.</p>
<p>Mais rayonner, c&#8217;est aussi savoir accueillir les visiteurs, les touristes. Les attentes des millions de personne qui viennent à notre rencontre exigent l&#8217;entretien attentif du patrimoine architectural, la valorisation du patrimoine immatériel des savoir-faire et des modes de vie, le soutien aux grandes institutions culturelles comme le Louvre ou la Bibliothèque nationale de France. L&#8217;occasion doit être saisie de leur faire découvrir la culture vivante, en imbriquant davantage les mondes du tourisme et de la création artistique, en évitant la seule muséification, le dédoublement entre culture vécue et culture apparente.</p>
<p>La cité des hommes &#8211; Dominique de Villepin &#8211; Plon &#8211; En vente dans toutes les librairies</p>
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		<title>La cité des hommes, par Dominique de Villepin (9/10): La maîtrise économique et financière</title>
		<link>https://www.2villepin.fr/index.php/2009/09/12/1240-la-cite-des-hommes-par-dominique-de-villepin-9-10-la-maitrise-economique-et-financiere/</link>
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		<pubDate>Sat, 12 Sep 2009 00:22:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Fred</dc:creator>
				<category><![CDATA[La cité des hommes]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Samedi 12 septembre: La maîtrise économique et financière</em></p> <p>L'indépendance militaire n'est qu'un des piliers d'une véritable souveraineté. La maîtrise économique et financière est tout aussi déterminante, comme le prouve la crise. Question épineuse après une génération de libéralisme économique triomphant. En matière financière, l'Etat n'est plus à la barre. Les changes flottants et la féroce compétition économique mondiale lui lient les mains. Certaines règles économiques internationales échappent à présent complètement aux Etats, les normes de comptabilité, par exemple. Cette perte de contrôle se retourne contre les pays. Les plus faibles s'y sont heurtés au cours de crises de changes qui les plaçaient sous la dépendance des spéculateurs et des aides des institutions financières mondiales. (...)</p> <p>L'erreur des Etats-Unis fut de construire au cours de la dernière décennie une forme de symbiose tacite entre la Chine, atelier du monde aux excédents budgétaires colossaux, et eux-mêmes, consommateurs en dernier ressort, endettés à hauteur de trois fois leur production annuelle. L'indépendance des deux s'en trouve affectée, puisqu'une défaillance de l'un entraîne la chute de l'autre. (...)</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Samedi 12 septembre: La maîtrise économique et financière</em></p>
<p>L&#8217;indépendance militaire n&#8217;est qu&#8217;un des piliers d&#8217;une véritable souveraineté. La maîtrise économique et financière est tout aussi déterminante, comme le prouve la crise. Question épineuse après une génération de libéralisme économique triomphant. En matière financière, l&#8217;Etat n&#8217;est plus à la barre. Les changes flottants et la féroce compétition économique mondiale lui lient les mains. Certaines règles économiques internationales échappent à présent complètement aux Etats, les normes de comptabilité, par exemple. Cette perte de contrôle se retourne contre les pays. Les plus faibles s&#8217;y sont heurtés au cours de crises de changes qui les plaçaient sous la dépendance des spéculateurs et des aides des institutions financières mondiales. (&#8230;)</p>
<p>L&#8217;erreur des Etats-Unis fut de construire au cours de la dernière décennie une forme de symbiose tacite entre la Chine, atelier du monde aux excédents budgétaires colossaux, et eux-mêmes, consommateurs en dernier ressort, endettés à hauteur de trois fois leur production annuelle. L&#8217;indépendance des deux s&#8217;en trouve affectée, puisqu&#8217;une défaillance de l&#8217;un entraîne la chute de l&#8217;autre. (&#8230;)</p>
<p><span id="more-1240"></span></p>
<p>La diversité économique reste un facteur de cohésion du territoire, une garantie de l&#8217;unité, un facteur de plus grande résistance en cas de choc conjoncturel. Même si chacune obéit à des logiques strictement économiques, des entreprises partageant une même origine, une même tradition sont appelées à se renforcer mutuellement, exprimant une forme naturelle de patriotisme économique.</p>
<p>La relation de l&#8217;Etat et des grandes industries demande à être clarifiée sans oeillères idéologiques. Le soutien public est aujourd&#8217;hui nécessaire à la conclusion de nombreux contrats. Les diplomates ont investi le champ économique. Leur rôle s&#8217;est de plus en plus orienté vers la facilitation des affaires et la promotion du commerce extérieur. Cette exigence s&#8217;impose tout particulièrement à la France, en raison de son dynamisme dans des secteurs fortement liés à l&#8217;Etat comme les infrastructures ferroviaires, électriques, nucléaires, le secteur de l&#8217;armement et la sécurité. La France, moins qu&#8217;aucun autre pays, n&#8217;a intérêt à baisser la garde et à laisser ses groupes esseulés, surtout à l&#8217;heure où sa compétitivité s&#8217;affaiblit, où son déficit commercial se creuse et où d&#8217;autres pays rognent ses parts de marché.</p>
<p>Certains secteurs d&#8217;activité stratégiques ne peuvent être abandonnés sans contrôle à des investisseurs étrangers. Il s&#8217;agit, bien sûr, de l&#8217;industrie de la Défense nationale, mais également de domaines clés, comme l&#8217;industrie pharmaceutique où des activités de recherche et d&#8217;innovation, sans lesquels l&#8217;économie française étoufferait. (&#8230;)</p>
<p>Les économies nationales n&#8217;ont pas besoin de protectionnisme mais de protections qui permettent d&#8217;harmoniser le libre déploiement des intérêts privés avec l&#8217;intérêt national. Cela implique une stratégie, appuyée sur une véritable politique industrielle et une capacité d&#8217;intervention d&#8217;un Etat sain, dynamique et visionnaire.</p>
<p>Au lendemain des Trente Glorieuses, la France, confrontée aux urgences de la reconversion, saisie dans le tourbillon idéologique du moins d&#8217;Etat et ne comprenant pas les enjeux lointains de la mondialisation, a perdu de vue toute politique industrielle cohérente. Elle semblait n&#8217;en avoir plus les moyens, ni surtout l&#8217;envie. La grande crise dans laquelle nous entrons a changé la donne. Il est probable que la nouvelle phase de mondialisation débouche sur une période de concentration des entreprises à l&#8217;échelle planétaire, de spécialisation accrue des territoires sur certaines productions et de reconversion douloureuse de pans entiers de nos économies, devenus obsolètes. Sans stratégie résolue, ces défis seront impossibles à relever. (&#8230;)</p>
<p>S&#8217;il faut préserver la diversité du tissu productif, la politique économique doit privilégier les domaines d&#8217;excellence de l&#8217;économie française et mettre tout son poids sur leur développement.</p>
<p>Tout d&#8217;abord, celui de l&#8217;énergie, des infrastructures et des grands équipements ferroviaires et aéronautiques, dans lequel notre pays dispose de grands champions internationaux. La France bénéficie ici des acquis d&#8217;une longue histoire et d&#8217;une implantation ancienne à l&#8217;étranger qui ont favorisé des partenariats stables. Mais nous voyons aujourd&#8217;hui que les diplomaties actives des Etats-Unis ou de la Chine infléchissent la donne en faveur de leurs grands groupes, en Afrique et en Asie notamment. La diplomatie économique française ne peut se permettre de rester en retrait.</p>
<p>Dans l&#8217;industrie du luxe, la France conserve à la fois de grands groupes et une image de marque qui lui permettent de rayonner dans le monde. Mais il faut se garder de se satisfaire d&#8217;une rente de situation, comme par le passé. Les défis augmentent et les rivaux se multiplient, que ce soit dans l&#8217;industrie agroalimentaire de luxe, où l&#8217;on constate un déclin des parts des grands crus français dans le monde ou la haute couture, avec la concurrence croissante de New York et de Milan.</p>
<p>Autre secteur d&#8217;excellence, le tourisme doit être renouvelé profondément tant les règles du jeu changent vite. Il ne se limitera plus à l&#8217;exploitation d&#8217;un gisement d&#8217;attractivité pour lequel il suffit de disposer de mines à ciel ouvert comme la Côte d&#8217;Azur, le Louvre ou les châteaux de la Loire. L&#8217;avènement d&#8217;un tourisme mondial de masse, avec de nouvelles clientèles issues des pays émergents, oblige les infrastructures à s&#8217;adapter pour éviter un engorgement qui détournerait les flux touristiques ultérieurs. (&#8230;)</p>
<p>Une telle politique doit inscrire ses efforts dans la durée, grâce à des instruments d&#8217;aménagement du territoire et d&#8217;incitation aux investissements, mais aussi grâce à une politique éducative ambitieuse, à la fois garante de la cohésion de la société et de l&#8217;efficacité économique. L&#8217;école reste le lieu le plus à même de faire vivre les principes républicains qui fondent la spécificité française. Des filières de formation technique de pointe sont nécessaires, comme le développement de la formation continue, permettant la mobilité des parcours professionnels et les reconversions économiques les moins douloureuses possibles.</p>
<p>Les fleurons français de l&#8217;enseignement supérieur et de la recherche ne doivent pas être affaiblis au profit d&#8217;un alignement académique sur des modèles dominants. Il est possible de renforcer les synergies entre grandes écoles et universités, de maintenir l&#8217;exigence d&#8217;excellence que garantissent les concours tout en veillant à l&#8217;ouverture et à l&#8217;équité du système. L&#8217;économie française doit renouer avec sa tradition d&#8217;inventivité et d&#8217;innovation, portée par des générations d&#8217;ingénieurs issus des meilleures écoles. Ceux-ci se sont longtemps détournés de l&#8217;industrie pour lui préférer la finance ou l&#8217;administration. Il faut les inciter à y revenir, par exemple au moyen de grands projets technologiques tels que ceux qui ont permis le rayonnement de la France dans les années soixante, depuis le Concorde jusqu&#8217;au TGV.</p>
<p>L&#8217;Etat est aussi le gardien des intérêts à très long terme de la nation, le fidéicommis d&#8217;un patrimoine environnemental à transmettre aux générations futures. Cela implique à la fois la mise en oeuvre de régulations afin d&#8217;orienter les secteurs productifs vers plus d&#8217;économies, et des investissements considérables à longue échéance ayant pour but des infrastructures de transport économes en énergie, le développement d&#8217;un parc d&#8217;exploitation d&#8217;énergies renouvelables et la poursuite d&#8217;une véritable politique d&#8217;indépendance énergétique dont a pu voir, dans les dernières années, par le contre-exemple de nos voisins dans les crises du gaz, qu&#8217;elle nous offrait une véritable sécurité. (&#8230;)</p>
<p>Maintenir la capacité d&#8217;action de l&#8217;Etat exige de lui conserver des marges de manoeuvre réelles. Or, les évolutions des derniers mois sont extrêmement inquiétantes. Partout les niveaux de déficit public et d&#8217;endettement ont explosé. Certes, l&#8217;effort de relance devrait bénéficier à terme aux Etats, sous forme de plus-values fiscales futures. Mais une défiance généralisée des acteurs économiques à l&#8217;égard des Etats et un enfoncement dans une spirale déflationniste sont aussi envisageables. Pour certains, le financement sur les marchés obligataires deviendra plus difficile, à la fois par l&#8217;abaissement des notes de crédit et par le reflux des capitaux vers des placements plus risqués. La ponction fiscale sera inévitablement augmentée, grevant la compétitivité. (&#8230;) L&#8217;équilibre des finances publiques sera un critère majeur d&#8217;indépendance financière.</p>
<p>Tous les dogmatismes ayant échoué, il faut faire preuve d&#8217;un pragmatisme assumé et cesser d&#8217;opposer l&#8217;efficacité économique et la solidité des services publics. Ils sont un instrument de cohésion territoriale face aux forces centrifuges de la mondialisation et un levier d&#8217;implantation des secteurs innovants.</p>
<p>Des choix s&#8217;imposent. Les priorités doivent être hiérarchisées, les réformes échelonnées dans le temps. Au cours d&#8217;une péri<br />
ode de fragilisation des individus, alors que le sentiment d&#8217;une lente érosion des conditions de vie lamine depuis plusieurs années la confiance de la population dans les gouvernements, la libération des énergies et des initiatives suppose une sécurisation de l&#8217;avenir, en particulier des plus précaires. Il incombe à l&#8217;Etat de renouveler le pacte qui le lie au corps civique et par lequel il garantit la solidarité, l&#8217;éducation, la santé et l&#8217;avenir à ses membres, dans la filiation de celui scellé à la Libération.</p>
<p>La cité des hommes &#8211; Dominique de Villepin &#8211; Plon &#8211; En vente dans toutes les librairies</p>
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		<title>La cité des hommes, par Dominique de Villepin (8/10): La vocation du passeur</title>
		<link>https://www.2villepin.fr/index.php/2009/09/05/1238-la-cite-des-hommes-par-dominique-de-villepin-8-10-la-vocation-du-passeur/</link>
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		<pubDate>Sat, 05 Sep 2009 00:10:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Fred</dc:creator>
				<category><![CDATA[La cité des hommes]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Aujourd'hui: La vocation du passeur</em></p> <p>Le décalage ne manque pas de surprendre entre le regard critique que la plupart des Français posent sur la France et l'admiration qu'elle suscite souvent à l'étranger, où nos positions sont attendues et notre parole écoutée. Son rôle de médiateur naturel s'inscrit dans sa géographie même, au carrefour de l'isthme européen, point de passage ouvert sur la Méditerranée, sur le couloir rhénan et sur l'Atlantique. A la fois pont et rendez-vous, la rencontre des peuples est devenue son destin.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Aujourd&#8217;hui: La vocation du passeur</em></p>
<p>Le décalage ne manque pas de surprendre entre le regard critique que la plupart des Français posent sur la France et l&#8217;admiration qu&#8217;elle suscite souvent à l&#8217;étranger, où nos positions sont attendues et notre parole écoutée. Son rôle de médiateur naturel s&#8217;inscrit dans sa géographie même, au carrefour de l&#8217;isthme européen, point de passage ouvert sur la Méditerranée, sur le couloir rhénan et sur l&#8217;Atlantique. A la fois pont et rendez-vous, la rencontre des peuples est devenue son destin.</p>
<p><span id="more-1238"></span></p>
<p>Elle est un passeur privilégié entre l&#8217;Est et l&#8217;Ouest comme l&#8217;illustre son action diplomatique à l&#8217;égard de la Russie. Depuis Tilsit en 1807, jusqu&#8217;à l&#8217;alliance franco-russe de 1893, court une même volonté d&#8217;entente des deux pays partageant une même aspiration à la puissance avant d&#8217;incarner deux universalismes concurrents. La géographie et l&#8217;histoire s&#8217;imposent par-delà les soubresauts des idéologies. C&#8217;est en ce sens que le Général de Gaulle parlait plutôt des intérêts de la Russie que de ceux de l&#8217;Union Soviétique. Nulle posture, nul désir de jouer son avantage entre deux superpuissances dans la vision gaullienne mais une diplomatie enracinée dans le passé et la conviction d&#8217;une vocation qu&#8217;aucun autre pays n&#8217;était en mesure d&#8217;assumer.</p>
<p>Son rôle de passeur, la France l&#8217;exerce aussi entre le Nord et le Sud. Le temps du ressentiment, lié à la colonisation, a laissé place à un dialogue fécond. La France a conservé une influence particulière en Afrique subsaharienne, par exemple. Cette association de destins favorisée par les décolonisations pacifiques de 1958 à 1962, et la création de la Communauté française, va bien au-delà des liens avec les Etats. Elle féconde aussi un rapprochement des peuples. Dans le monde arabe, la France jouit, notamment depuis le changement de cap de la politique gaullienne à l&#8217;occasion de la guerre des Six Jours, d&#8217;une réelle audience, jamais démentie depuis.</p>
<p>Sa voix demeure nécessaire à l&#8217;équilibre des relations internationales. Elle porte une légitimité nourrie par l&#8217;expérience. A l&#8217;Assemblée générale de l&#8217;ONU, la France est capable de fédérer des choix, des décisions, des projets ralliant les pays du Sud. Trait d&#8217;union naturel, souvent porte-voix des plus démunis, elle ne peut s&#8217;enfermer dans la seule &laquo;&nbsp;famille occidentale&nbsp;&raquo; sans se renier. Pour nos partenaires, ce repli serait interprété comme une perte de substance et d&#8217;énergie, une moindre capacité à rapprocher les points de vue ou à transmettre des propositions.</p>
<p>Incarner des valeurs sans pour autant donner des leçons au monde auxquelles elle ne s&#8217;astreindrait pas elle-même &#8211; reproche souvent entendu et parfois justifié &#8211; est un défi permanent. Rester soi-même consiste non pas à se réfugier dans une tour d&#8217;ivoire d&#8217;où seraient fulminés des messages planétaires, mais coopérer sans cesse avec les autres peuples, accompagner leurs efforts vers plus de démocratie. La longue route de l&#8217;avènement de l&#8217;état de droit est pénible et semée d&#8217;embûches. La voix de la France doit plaider pour une démocratisation réaliste, c&#8217;est-à-dire réelle, mais progressive. Est-ce une faiblesse coupable que de mesurer et d&#8217;encourager les progrès plutôt que de censurer de haut les défaillances d&#8217;un pays? La Chine n&#8217;est pas une démocratie. Si elle ne le devient pas tout de suite, le sera-t-elle jamais?</p>
<p>Prenons le problème dans l&#8217;autre sens. Que se passe-t-il lorsque la France renonce à son indépendance pour fondre son identité dans un camp ou dans un bloc? Regardons la IVè République: jamais la France n&#8217;a fait aussi nettement le choix de l&#8217;alignement qu&#8217;après 1947, pendant la décennie où gaullistes et communistes étaient dans l&#8217;opposition. Prise dans la nasse d&#8217;une décolonisation qu&#8217;elle n&#8217;assume pas et d&#8217;une guerre froide qui la dépasse, la France a durablement perdu prise. Son influence dans le monde s&#8217;est effacée et sa cohésion s&#8217;est affaiblie. Menacée par les uns, méprisée par les autres, elle a dans le même temps cessé de s&#8217;aimer. L&#8217;indépendance reste bien pour la France à la fois un facteur d&#8217;équilibre et un principe d&#8217;action.</p>
<p>La cité des hommes &#8211; Dominique de Villepin &#8211; Plon &#8211; En vente dans toutes les librairies</p>
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		<title>La cité des hommes, par Dominique de Villepin (7/10): L&#039;exemplarité et la médiation</title>
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		<pubDate>Sat, 29 Aug 2009 00:38:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Fred</dc:creator>
				<category><![CDATA[La cité des hommes]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Aujourd'hui: L'exemplarité et la médiation</em></p> <p>L'aura de l'Europe repose sur l'exemplarité. Moins qu'aucun autre, en raison de son passé, elle ne peut se fourvoyer dans le recours à la force contre la légitimité du droit et c'est pourquoi il était important que des voix européennes posent des valeurs et défendent des convictions, lors du débat de 2003 sur l'opportunité d'une intervention en Irak. Se couper des principes qui fondent l'action - l'Europe en a fait l'expérience - déchaîne durablement les passions et les violences. On ne transige pas en démocratie avec les libertés fondamentales.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Aujourd&#8217;hui: L&#8217;exemplarité et la médiation</em></p>
<p>L&#8217;aura de l&#8217;Europe repose sur l&#8217;exemplarité. Moins qu&#8217;aucun autre, en raison de son passé, elle ne peut se fourvoyer dans le recours à la force contre la légitimité du droit et c&#8217;est pourquoi il était important que des voix européennes posent des valeurs et défendent des convictions, lors du débat de 2003 sur l&#8217;opportunité d&#8217;une intervention en Irak. Se couper des principes qui fondent l&#8217;action &#8211; l&#8217;Europe en a fait l&#8217;expérience &#8211; déchaîne durablement les passions et les violences. On ne transige pas en démocratie avec les libertés fondamentales.</p>
<p><span id="more-1233"></span></p>
<p>Face au monde, l&#8217;Europe doit aujourd&#8217;hui assumer sa singularité. Nous ne deviendrons pas facilement les Etats-Unis d&#8217;Europe tant les écarts sociaux, économiques et culturels restent forts, ancrés dans l&#8217;histoire et la géographie. Le projet européen n&#8217;est donc pas un processus de fusion, imitant ce qui existe déjà, mais un modèle inédit de solidarité stable et cohérent, fondé sur une vision et un équilibre entre intégration supranationale et coopération interétatique.</p>
<p>Sa géographie fait de l&#8217;Europe un médiateur naturel dans les relations internationales et, par conséquent, un facteur de stabilité. L&#8217;efficacité de cette médiation dépend d&#8217;abord de la faculté des Etats membres à dépasser leurs propres contradictions. Son petit promontoire asiatique détermine les directions dans lesquelles doivent se poursuivre ses efforts de rapprochement, de compréhension et d&#8217;interdépendance.</p>
<p>L&#8217;Europe a une relation naturelle et forte avec le Bassin méditerranéen, berceau de ses premières civilisations. L&#8217;histoire y est aussi riche que conflictuelle, des guerres puniques aux croisades. Le sentiment de l&#8217;unité européenne, dans les siècles passés, s&#8217;est fait d&#8217;une certaine façon contre la Méditerranée, du moins en réaction à sa fermeture, au lendemain de la conquête ottomane au XVIè siècle. Le rapprochement entre l&#8217;Europe latine et l&#8217;Europe germanique supposait le long glissement des centres de gravité des rivages méditerranéens vers l&#8217;espace rhénan. Voilà pourquoi la relation de l&#8217;Europe d&#8217;aujourd&#8217;hui au Bassin méditerranéen est si ambivalente, comme avec un membre de la famille perdu de vue.</p>
<p>Les efforts entrepris ne sont pas suffisants. La politique de voisinage et les traités d&#8217;association avec les pays du Sud sont des éléments de compréhension mutuelle. L&#8217;Union pour la Méditerranée permettra d&#8217;aller plus loin en ce sens, si un équilibre est trouvé entre la création d&#8217;un espace de solidarité proprement méditerranéen et la participation de l&#8217;ensemble des Etats membres de l&#8217;Union. L&#8217;enjeu fondamental sera d&#8217;être à la fois concret et rapide sur des sujets aussi importants que l&#8217;environnement, la formation, les transports, la culture et l&#8217;immigration.</p>
<p>L&#8217;histoire de l&#8217;Europe commande l&#8217;entente avec son voisinage oriental, relation douloureuse et profonde. Les civilisations sont enchevêtrées et familières. La Russie s&#8217;est construite en s&#8217;adossant à l&#8217;Europe, en important ou rejetant son influence selon les époques, souvent brutalement, depuis l&#8217;absolutisme éclairé de Pierre le Grand jusqu&#8217;au marxisme selon Lénine. Russie aux deux visages, tour à tour tournée vers son ouest ou revendiquant ses racines byzantine et orthodoxe et son identité asiatique. Symétriquement, l&#8217;Europe éprouve depuis le XVIIIè siècle une attraction ambiguë&nbsp;pour l&#8217;empire des tsars, tout à la fois faite de coopération &#8211; les alliances du XIXè siècle et les emprunts russes en témoignent &#8211; et de volonté de conquête et de domination, depuis la campagne de Russie de 1812 jusqu&#8217;à l&#8217;opération Barbarossa de 1941. Ce long passé partagé entraîne un respect réciproque réel. En découlent pour l&#8217;Europe une responsabilité historique en même temps qu&#8217;un devoir de réalisme et d&#8217;apaisement. L&#8217;invention d&#8217;une forme de partenariat élargi et original avec la Russie est indispensable. La sécurité de l&#8217;Europe dans les domaines énergétiques et stratégiques l&#8217;impose. Laisser le champ libre à la diplomatie américaine sur ce terrain risquerait de favoriser les logiques de blocs et de nourrir des tensions qui se manifestent toujours au détriment de l&#8217;Europe occidentale. Depuis 2000, l&#8217;Union européenne a conclu un accord de partenariat stratégique et de coopération qui s&#8217;appuie sur les quatre espaces communs de l&#8217;économie, du droit et des libertés, de la sécurité extérieure, de la recherche et de l&#8217;éducation.</p>
<p>Pourtant, depuis les conflits successifs de l&#8217;année 2008 avec la Géorgie et l&#8217;Ukraine, les négociations sur la poursuite et l&#8217;approfondissement du partenariat se trouvent en partie bloquées. Surtout, l&#8217;Europe n&#8217;a toujours pas élaboré de vision commune claire, laissant la situation dériver au gré des circonstances. Rien n&#8217;est possible si les réticences anglaises ne sont pas assouplies. C&#8217;est l&#8217;intérêt conjoint de l&#8217;Europe, de la Russie et, partant, de la stabilité mondiale. La gravité de la crise économique russe &#8211; avec le recul massif de la production industrielle, la dévaluation du rouble et la baisse des revenus pétroliers &#8211; fait courir des risques d&#8217;instabilité majeure à ce grand pays, Empire-nation, marqué par les souffrances du XXè siècle.</p>
<p>L&#8217;Europe doit aussi réinventer le lien transatlantique. A elle de prendre en charge la conception du changement et l&#8217;effort de réflexion. Il ne revient pas à Washington de redéfinir les termes d&#8217;une alliance qui lui suffit pour l&#8217;essentiel et qui ne constitue plus un enjeu prioritaire.</p>
<p>La relation transatlantique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale était une relation par nature inégale, contrainte par la gratitude, la peur de l&#8217;Union soviétique, la faiblesse militaire des Européens et leur désunion politique. Aujourd&#8217;hui, les trois derniers facteurs ont radicalement changé. Les progrès de l&#8217;influence européenne dans le monde passent par l&#8217;établissement d&#8217;une relation paritaire entre l&#8217;Union européenne et les Etats-Unis au sein d&#8217;une alliance refondue. L&#8217;OTAN telle qu&#8217;elle existe aujourd&#8217;hui étouffe l&#8217;approfondissement de l&#8217;Europe de la Défense sans pour autant offrir de garanties de sécurité équivalentes à celles du passé.</p>
<p>La cité des hommes &#8211; Dominique de Villepin &#8211; Plon &#8211; En vente dans toutes les librairies</p>
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		<title>La cité des hommes, par Dominique de Villepin (6/10): La nature en partage</title>
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		<pubDate>Sat, 22 Aug 2009 00:04:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Fred</dc:creator>
				<category><![CDATA[La cité des hommes]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Aujourd'hui: La nature en partage</em></p> <p>Urgence oblige. Le réchauffement climatique a longtemps été un bruit de fond auquel les opinions publiques prêtaient une attention distraite. Aujourd'hui les constats alarmistes se multiplient. Un consensus émerge. Il y a un réchauffement climatique d'origine anthropique, lié à l'émission de gaz à effet de serre. Les travaux du Groupement international d'experts sur le climat (GIEC) ont eu le mérite de dresser un constat et de donner des perspectives réalistes pour les prochaines décennies. Si le modèle d'émission de gaz à effet de serre de 2000 est maintenu, en 2010, le réchauffement de la décennie aura été de 0,6°C à l'échelle planétaire. C'est l'équivalent du changement de température du dernier siècle.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Aujourd'hui: La nature en partage</em></p> <p>Urgence oblige. Le réchauffement climatique a longtemps été un bruit de fond auquel les opinions publiques prêtaient une attention distraite. Aujourd'hui les constats alarmistes se multiplient. Un consensus émerge. Il y a un réchauffement climatique d'origine anthropique, lié à l'émission de gaz à effet de serre. Les travaux du Groupement international d'experts sur le climat (GIEC) ont eu le mérite de dresser un constat et de donner des perspectives réalistes pour les prochaines décennies. Si le modèle d'émission de gaz à effet de serre de 2000 est maintenu, en 2010, le réchauffement de la décennie aura été de 0,6°C à l'échelle planétaire. C'est l'équivalent du changement de température du dernier siècle.</p>]]></content:encoded>
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		<title>La cité des hommes, par Dominique de Villepin (5/10): Le cercle vertueux</title>
		<link>https://www.2villepin.fr/index.php/2009/08/15/1217-la-cite-des-hommes-par-dominique-de-villepin-5-10-le-cercle-vertueux/</link>
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		<pubDate>Sat, 15 Aug 2009 21:33:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Fred</dc:creator>
				<category><![CDATA[La cité des hommes]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Aujourd'hui: Le cercle vertueux</em></p> <p>Aujourd'hui, nous bénéficions d'une conjoncture favorable. Il existe, avec l'élection de Barack Obama, un désir de renouveau et de dialogue. La tempête financière et économique impose de son côté la recherche de solutions communes et de responsabilités mieux partagées. Le multilatéralisme devient la norme. Bien sûr, cela signifie la hiérarchisation des choix et la capacité à tenir le cap.</p> <p>Il faut établir un calendrier pour sortir de l'ornière. Un plan d'action efficace devrait se concentrer sur les crises dont la résolution serait bénéfique à la stabilité mondiale. En tête de liste, la crise israélo-palestinienne qui tourmente le Moyen-Orient et discrédite depuis longtemps l'action internationale dans le monde; de même, le conflit du Sahara occidental qui s'enracine depuis plusieurs décennies et forme une base arrière aux violences extrémistes, empêchant la pacification du Maghreb; enfin la crise afghano-pakistanaise qui gangrène l'ensemble de la région.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Aujourd&#8217;hui: Le cercle vertueux</em></p>
<p>Aujourd&#8217;hui, nous bénéficions d&#8217;une conjoncture favorable. Il existe, avec l&#8217;élection de Barack Obama, un désir de renouveau et de dialogue. La tempête financière et économique impose de son côté la recherche de solutions communes et de responsabilités mieux partagées. Le multilatéralisme devient la norme. Bien sûr, cela signifie la hiérarchisation des choix et la capacité à tenir le cap.</p>
<p>Il faut établir un calendrier pour sortir de l&#8217;ornière. Un plan d&#8217;action efficace devrait se concentrer sur les crises dont la résolution serait bénéfique à la stabilité mondiale. En tête de liste, la crise israélo-palestinienne qui tourmente le Moyen-Orient et discrédite depuis longtemps l&#8217;action internationale dans le monde; de même, le conflit du Sahara occidental qui s&#8217;enracine depuis plusieurs décennies et forme une base arrière aux violences extrémistes, empêchant la pacification du Maghreb; enfin la crise afghano-pakistanaise qui gangrène l&#8217;ensemble de la région.</p>
<p><span id="more-1217"></span></p>
<p>Ces crises présentent des similitudes. Elles offrent aussi des amorces de solutions communes. D&#8217;abord, éviter tout abcès de fixation lié à la présences de puissances étrangère, en dehors d&#8217;une stratégie et d&#8217;un calendrier soigneusement fixés. Ensuite, mettre en oeuvre un processus intérieur de dialogue et de rassemblement de toutes les forces de stabilité puis créer une dynamique régionale dans l&#8217;intérêt de tous; enfin, définir un effort économique et social de grande ampleur pour favoriser le développement. La prise en compte de ces crises dans l&#8217;urgence du cas par cas, par cloisonnements étanches et successifs, ne mène nulle part. Il faut restaurer une vision d&#8217;ensemble au service d&#8217;un nouvel ordre international. (&#8230;)</p>
<p>Ainsi, le conflit israélo-palestinien reste la clé de voûte de la paix au Moyen-Orient. Il est un exemple tout à la fois des blocages et des opportunités actuelles. Les grandes lignes directrices pour sortir de cette crise sont connues. Non pas une politique de petits pas, car celle-ci a échoué, mais une politique de pas résolus, c&#8217;est-à-dire volontariste dans l&#8217;immédiat, visionnaire à long terme. Elle passe par la coexistence de deux Etats viables, obligeant à des concessions douloureuses de part et d&#8217;autre.</p>
<p>Le conflit dans la bande de Gaza, qui a commencé en décembre 2008, a été l&#8217;illustration de la spirale des violences qui tire la situation vers le bas depuis les débuts de la deuxième Intifada. Il illustre le fait qu&#8217;il n&#8217;y a pas de paix sans partenaires et pas de négociations sans intermédiaires. Certes, en raison des luttes fratricides entre Fatah et Hamas, il manque un interlocuteur solide chez les Palestiniens. Mais peut-on reprocher aux Palestiniens de ne pas disposer d&#8217;un gouvernement capable d&#8217;assumer des pourparlers de paix? Ils n&#8217;en ont plus les moyens, vivant au jour le jour, dans un désespoir grandissant, dans des espaces confinés et cloisonnés à l&#8217;extrême. Il manque aussi, chez les Israéliens, une direction politique capable d&#8217;assumer la paix, en raison d&#8217;un système politique bloqué par le vote à la proportionnelle, la surenchère communautaire et la radicalisation nationaliste ou religieuse. Il n&#8217;y a eu d&#8217;avancées sur le chemin de la paix qu&#8217;avec des personnalités fortes &#8211; faucons devenus colombes par réalisme comme Yitzhak Rabin puis Ariel Sharon.</p>
<p>Aussi compréhensible soit-elle, la logique israélienne de garanties de sécurité comme préalables aux concessions territoriales ne paraît pas offrir d&#8217;issue. Seule la médiation peut permettre l&#8217;enclenchement d&#8217;une spirale ascendante, menant par degrés à un accord. Cette médiation nécessite bien sûr la participation des Etats-Unis, mais les Européens ont un rôle à jouer s&#8217;ils parlent d&#8217;une seule voix. Les médiateurs doivent d&#8217;abord accompagner le dialogue et apporter leur garantie et leur soutien matériel en cas d&#8217;accords. Ils doivent ensuite s&#8217;impliquer économiquement pour permettre une reconstruction réelle de l&#8217;Etat palestinien, ce qui suppose plus que la seulle manne européenne qui semble parfois destinée à compenser l&#8217;aveu d&#8217;impuissance. Enfin, le règlement du conflit implique un dialogue régional, incluant à la fois les Etats modérés comme l&#8217;Egypte et des pays comme la Syrie et l&#8217;Iran.</p>
<p>Le profit à en tirer à l&#8217;échelle mondiale serait immédiat. L&#8217;attente, dans une grande partie du tiers-monde, à l&#8217;égard d&#8217;un règlement israélo-palestinien, est immense tant le conflit en est venu à symboliser le double langage occidental, la loi du plus fort supplantant le droit international. L&#8217;apaisement au Moyen-Orient en serait facilité. Le cercle vertueux s&#8217;élargirait progressivement, dans le temps et dans l&#8217;espace. Cela s&#8217;appliquerait dans un Irak conflictuel tel qu&#8217;il ressortira très certainement du retrait américain, car les antagonismes chiites, sunnites et kurdes ont été avivés. Il n&#8217;y a pas d&#8217;autre moyen de parvenir à un équilibre régional, également conditionné par la menace de prolifération nucléaire. L&#8217;abcès de fixation israélo-palestinien et son extension libanaise ont trop longtemps distordu les lignes de force au profit de la surenchère.</p>
<p>Il reste que, pour l&#8217;heure, tout paraît bloqué au Proche-Orient où la droite dure israélienne et les radicaux du Hamas semblent se rejoindre pour abandonner la solution de deux Etats, israélien et palestinien, vivant en paix, côte à côte. Chacun, donnant libre cours à ses arrière-pensées et son idéologie, ne veut retenir que la possibilité d&#8217;un seul Etat. Inacceptable pour la communauté internationale, cette perspective n&#8217;est pas sans danger pour Israël qui devra à terme faire face, d&#8217;une manière ou d&#8217;une autre, aux déséquilibres démographiques entre Israéliens et Palestiniens. A défaut donc d&#8217;un déblocage de ce qu&#8217;il est convenu d&#8217;appeler la &laquo;&nbsp;mère des crises&nbsp;&raquo;, il faut s&#8217;atteler sans attendre à conforter toutes les avancées possibles sur deux autres fronts tout aussi centraux.</p>
<p>Celui de l&#8217;Iran. Il faut revenir à une situation réaliste, c&#8217;est-à-dire intégrant Téhéran comme composante à part entière de la région mais en tenant compte des grandes lignes de fracture historiques entre le monde arabe et le monde perse, entre sunnites et chiites. Un accord sur le nucléaire iranien, repoussant la perspective d&#8217;une intervention armée, ne manquerait pas d&#8217;avoir des retombées bénéfiques collatérales en Syrie, en Irak, en Afghanistan, et même dans l&#8217;ensemble du Proche-Orient. Un échec, en revanche, enclencherait le cercle vicieux de la prolifération, pouvant encourager alors des vocations en Egypte, en Turquie, en Arabie Saoudite ou dans les Etats du Golfe.</p>
<p>Celui du Pakistan également. En effet, la situation de ce pays est celle d&#8217;un Etat quasi failli, proche de celle de l&#8217;Afghanistan, présentant un double risque: terroriste en liaison avec l&#8217;islamisme radical, mais aussi militaire, qui ne permet plus d&#8217;exclure un affrontement nucléaire avec l&#8217;Inde. La rivalité entre ces deux Etats est ancienne mais l&#8217;exacerbation croissante des tensions entre les deux peuples a atteint un point culminant avec les récents attentats de Mumbaï.</p>
<p>Islamabad, Téhéran et Jérusalem, telles sont bien, aujourd&#8217;hui, les trois portes d&#8217;entrée de la guerre ou de la paix pour le monde.</p>
<p>La cité des hommes &#8211; Dominique de Villepin &#8211; Plon &#8211; En vente dans toutes les librairies</p>
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		<title>La cité des hommes, par Dominique de Villepin (4/10): Le réflexe de la glaciation</title>
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		<pubDate>Sat, 08 Aug 2009 00:51:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Fred</dc:creator>
				<category><![CDATA[La cité des hommes]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://2villepin.free.fr/blog/?p=1210</guid>
		<description><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Aujourd'hui: Le réflexe de la glaciation</em></p> <p>Un risque plus pernicieux s'est insinué dans les habitudes diplomatiques. Hantées par le souvenir des deux guerres mondiales et la peur de l'apocalypse nucléaire, elles conduisent à maintenir certains conflits à l'état de feu couvant. Dès que les premières flammes apparaissent, le concert des puissances s'éveille pour l'étouffer, à la satisfaction apparente de tous.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Aujourd&#8217;hui: Le réflexe de la glaciation</em></p>
<p>Un risque plus pernicieux s&#8217;est insinué dans les habitudes diplomatiques. Hantées par le souvenir des deux guerres mondiales et la peur de l&#8217;apocalypse nucléaire, elles conduisent à maintenir certains conflits à l&#8217;état de feu couvant. Dès que les premières flammes apparaissent, le concert des puissances s&#8217;éveille pour l&#8217;étouffer, à la satisfaction apparente de tous.</p>
<p><span id="more-1210"></span></p>
<p>On l&#8217;a vu plusieurs fois à l&#8217;oeuvre durant la guerre froide, tant la crainte d&#8217;une escalade rapide était le seul point commun entre Américains et Soviétiques. Berlin en a été le laboratoire pendant près d&#8217;un demi-siècle. Tous les murs, les rideaux de fer, les frontières intérieures du 17è parallèle au Vietnam ou du 38è parallèle en Corée ont répondu à la même démarche. Réflexe aussi d&#8217;une ONU à la fois présente et impuissante. Caisse de résonance de la moralité internationale, elle décuple le désir mondial de mettre fin au scandale de la violence. Pourtant, comme la SDN, elle n&#8217;a guère les moyens de ses ambitions, en raison du flou du chapitre VI de sa Charte et des divisions qui s&#8217;expriment au sein du Conseil de Sécurité. Fruit de bien des compromis, la logique d&#8217;interposition maintient souvent davantage le <em>statu quo</em> qu&#8217;elle ne permet la paix véritable, équitable et inscrite dans la durée.</p>
<p>Avec l&#8217;effondrement de l&#8217;Union Soviétique, le temps des crises gelées pouvait sembler révolu. L&#8217;Amérique deviendrait le gendarme du monde. L&#8217;ONU aurait les mains déliées, en l&#8217;absence de veto systématique des deux grands. A l&#8217;exception de la première guerre du Golfe, qui se voulait l&#8217;exemple d&#8217;une telle démarche de sécurité collective, il n&#8217;en fut rien, et cela pour deux raisons principales: la timidité occidentale et le goût des succès rapides et médiatiquement exploitables à l&#8217;ère du réseau universel.</p>
<p>La concentration de la puissance économique et militaire au Nord et la localisation des foyers de crise au Sud aggravent le fossé entre le confort des uns et la souffrances des autres. Nos opinions publiques, si elles sont promptes à plaindre les victimes, sont souvent rétives à accepter le prix à payer pour une implication réelle dans le conflit. Sous une forme ou sous une autre, le refus de &laquo;&nbsp;mourir pour Dantzig&nbsp;&raquo; marque toujours les esprits. (&#8230;)</p>
<p>Le goût des succès rapides et spectaculaires est plus récent. L&#8217;apparence a acquis une importance démesurée dans un monde diplomatique concurrentiel où plusieurs partenaires peuvent vouloir se prévaloir d&#8217;un règlement pour des raisons intérieures ou internationales. Cette compétition médiatique favorise les solutions <em>a minima</em> et les interventions trop rapides pour être réellement efficaces. C&#8217;est la logique qui risque de prévaloir en ce qui concerne le conflit entre la Géorgie et la Russie. A l&#8217;été 2008, le silence américain ouvrit la voie à d&#8217;autres médiations, et surtout à celle de l&#8217;Europe. Mais l&#8217;accord de cessez-le-feu suffit-il pour jeter les bases d&#8217;un règlement du conflit? Un processus de discussions s&#8217;est ouvert mais peut-il vraiment aboutir? Les hostilités entre Russes et Géorgiens ne font que s&#8217;envenimer, conduisant à une multiplication d&#8217;incidents et à des risques de dérives nationalistes. En outre, le danger de contagion pour d&#8217;autres pays confrontés aux problèmes de régions sécessionnistes à forte minorité russe, la Crimée en Ukraine, la Transnistrie en Moldavie, les pays baltes, s&#8217;en trouve augmenté.</p>
<p>Il faut mettre sur la table l&#8217;ensemble des questions dans une approche régionale ne laissant de côté aucun des dossiers connexes, qu&#8217;il s&#8217;agisse de l&#8217;OTAN ou des garanties de l&#8217;approvisionnement gazier. La Russie est-elle un élément de l&#8217;Occident? Quelle est sa spécificité? L&#8217;Europe a un rôle à jouer dans la question essentielle qui demeure celle de l&#8217;identité de la Russie.</p>
<p>Le gel des crises ne peut se substituer à leur règlement. Or, il en fait trop souvent office, parce qu&#8217;il rend les tensions moins visibles, qu&#8217;il apaise les consciences et donne l&#8217;illusion du temps disponible. Des risques s&#8217;attachent à cette apparente stabilité: elle peut à terme enraciner les injustices commises et conduire à des explosions d&#8217;autant plus violentes qu&#8217;elles auront été longtemps contenues. Elle peut devenir injuste, car elle entérine le fait accompli et le droit du plus fort. Hâte l&#8217;apaisement d&#8217;un conflit se limite souvent à retenir le bras de celui qui a l&#8217;avantage à un moment donné. C&#8217;est accepter le mal au nom de l&#8217;empêchement du pire.</p>
<p>La propension internationale au gel des crises durant le dernier demi-siècle a d&#8217;ailleurs conduit certains agresseurs à privilégier les actions rapides et surprenantes pour tirer le plus grand bénéfice de leur intervention. En somme, les tenants des coups de force se sont adaptés aux solutions qui leur étaient opposées.</p>
<p>Cette logique peut également se révéler pernicieuse, car elle empoisonne les relations internationales à tous les niveaux. La situation palestinienne dissémine son poison dans le monde arabo-musulman, et tant que l&#8217;exigence d&#8217;une paix juste ne sera pas assouvie, les extrémistes se nourriront des rancoeurs qu&#8217;elle suscite. Même à l&#8217;autre bout du monde, les exemples répétés de crises gelées suscitent la défiance envers les principales puissances mondiales. En prouvant leur incapacité à agir dans la durée, elles poussent indirectement à la tentation du recours à la force.</p>
<p>Enfin, cette attitude est humainement coûteuse car elle oblige à des opérations d&#8217;interposition complexes et à la pérennisation de camps de réfugiés qui suscitent un instant de compassion avant de tomber dans l&#8217;oubli. Les camps palestiniens au Liban ou en Jordanie ont été des facteurs de déstabilisation et de raidissement des régimes politiques, provoquant des répercussions du conflit israélo-arabe. Le drame humain que représente l&#8217;exil s&#8217;accroît avec le temps, parce que ces souffrances se transforment nécessairement en rancoeur et rendent donc l&#8217;objectif d&#8217;un droit au retour à la paix de plus en plus problématique.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, le risque est encore aggravé par l&#8217;interconnexion des crises qui les avive mutuellement et simultanément. Plus une crise a été gelée longtemps, plus sa solution nécessite l&#8217;intervention sur une pluralité de foyers secondaires, peu à peu contaminés par la crise initiale. L&#8217;islamisme sunnite né notamment des blocages de la société égyptienne et l&#8217;islamisme chiite surgi du discrédit du régime du Shah en Iran, tenu à bout de bras par les Etats-Unis, ont peu à peu gagné un terrain après l&#8217;autre, en Afghanistan et au Pakistan, dans les Territoires palestiniens, en Algérie, au Soudan. Chaque fois dans un contexte spécifique. Or, quand bien même certains foyers s&#8217;apaiseraient, c&#8217;est désormais le phénomène mondial avec ses effets de vases communicants qu&#8217;il faut traiter. La difficulté ne fait que croître, car elle essaime et s&#8217;ancre dans les consciences. En définitive, le gel des conflits est bien contraire à l&#8217;objectif d&#8217;un règlement efficace. Sous couvert de donner du temps au temps, l&#8217;abcès se creuse et prépare l&#8217;explosion future.</p>
<p>La cité des hommes &#8211; Dominique de Villepin &#8211; Plon &#8211; En vente dans toutes les librairies</p>
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		<title>La cité des hommes, par Dominique de Villepin (3/10): Le citoyen-monde</title>
		<link>https://www.2villepin.fr/index.php/2009/08/01/1203-la-cite-des-hommes-par-dominique-de-villepin-3-10-le-citoyen-monde/</link>
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		<pubDate>Sat, 01 Aug 2009 00:47:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Fred</dc:creator>
				<category><![CDATA[La cité des hommes]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Aujourd'hui: Le citoyen-monde</em></p> <p>Au-delà des économies, les cultures du monde se sont mises en mouvement. Une conscience mondiale est en train d'émerger. Aucune autre période de l'histoire n'a offert aux individus un accès, physique ou intellectuel, aussi facile à l'ensemble des autres cultures. (...)</p> <p>Du côté occidental, il est nécessaire de se départir d'une certaine supériorité universaliste qui prétend s'ériger en juge et seul maître d'oeuvre de la synthèse. En face, de nombreuses cultures ont connu la tentation du repli sur la tradition et la mythification du passé par peur de devoir se soumettre à la modernité conquérante de l'Occident. Cette logique a favorisé, par exemple, après un siècle de malentendus et de graves maladresses, le développement de l'islamisme dans le monde arabe. Ce repli est d'autant plus menaçant qu'il intègre la part technologique de la modernité pour la retourner contre ses ennemis.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Aujourd&#8217;hui: Le citoyen-monde</em></p>
<p>Au-delà des économies, les cultures du monde se sont mises en mouvement. Une conscience mondiale est en train d&#8217;émerger. Aucune autre période de l&#8217;histoire n&#8217;a offert aux individus un accès, physique ou intellectuel, aussi facile à l&#8217;ensemble des autres cultures. (&#8230;)</p>
<p>Du côté occidental, il est nécessaire de se départir d&#8217;une certaine supériorité universaliste qui prétend s&#8217;ériger en juge et seul maître d&#8217;oeuvre de la synthèse. En face, de nombreuses cultures ont connu la tentation du repli sur la tradition et la mythification du passé par peur de devoir se soumettre à la modernité conquérante de l&#8217;Occident. Cette logique a favorisé, par exemple, après un siècle de malentendus et de graves maladresses, le développement de l&#8217;islamisme dans le monde arabe. Ce repli est d&#8217;autant plus menaçant qu&#8217;il intègre la part technologique de la modernité pour la retourner contre ses ennemis.</p>
<p><span id="more-1203"></span></p>
<p>Le détournement de la culture comme élément de résistance identitaire mène toujours aux affrontements physiques et aux engrenages de la haine. Surtout il appauvrit et fragilise les véritables cultures qui conduisent au partage et supposent l&#8217;ouverture d&#8217;esprit. A l&#8217;évidence, les peuples des pays musulmans sont les premières victimes de l&#8217;islamisme. Les modérés, ceux qui veulent associer droits de la personne, démocratie et islam, ont été discrédités et, dans certains cas, persécutés. L&#8217;enseignement s&#8217;est rigidifié, rendant plus difficile l&#8217;assimilation de connaissances venues d&#8217;ailleurs. Les traductions se sont taries, étiolant un peu plus une tradition littéraire et poétique foisonnante, à présent tenue sous le boisseau. Il n&#8217;y a donc pas de diplomatie plus urgente que l&#8217;universalisation de la culture. Il faut soutenir partout les forums de dialogue et les aides qui permettent à la création locale de rester vivante.</p>
<p>Accompagner la rencontre des civilisations, c&#8217;est aussi éviter leur écrasement dans un moule unique au nom d&#8217;une culture commune. L&#8217;unité n&#8217;est pas l&#8217;uniformité. L&#8217;humanité est riche de toute la diversité de ses pensées et de ses ressentis Elle est la somme de ses langues et de ses images. (&#8230;)</p>
<p>Est-ce pour autant le triomphe du relativisme? Toutes les vérités se valent-elles puisqu&#8217;il faut encourager la diversité? Au contraire. Le dialogue dans la diversité n&#8217;est pas un slogan mais une opportunité historique de faire naître un universalisme partagé, fondé sur un apport égal de l&#8217;ensemble des cultures. (&#8230;)</p>
<p>L&#8217;universalisme ne peut plus prétendre s&#8217;imposer à l&#8217;humanité à partir d&#8217;une seule de ses composantes. L&#8217;Occident s&#8217;est imaginé porteur de valeurs indiscutables. Sa sincérité fut sa bonne conscience, dégénérant en arrogance. Hier comme aujourd&#8217;hui, des missionnaires jésuites en Nouvel-Espagne aux valeurs civilisatrices de la colonisation, du flambeau des Lumières transmis par la Révolution française à une Europe parfois récalcitrante aux prédicateurs de la révolution mondiale, les mêmes erreurs se sont constamment reproduites.</p>
<p>L&#8217;Occident doit accepter enfin la réalité et promouvoir le partage. Il ne lui sera pas possible de bricoler son système de valeurs pour le rendre enfin réellement planétaire. Il lui faut reconnaître la polyphonie du monde, contribuer à la nourrir sans prétendre y dominer, prendre au sérieux les cultures et les mémoires, lire et écouter les nouveaux savoirs qui se constituent en dehors de lui. L&#8217;Inde abonde aujourd&#8217;hui en penseurs novateurs qui tentent de déplacer les frontières des concepts économiques, sociologiques ou politiques que l&#8217;Occident s&#8217;est donnés par les hasards de l&#8217;histoire et a imposés à d&#8217;autres sociétés. Dans toutes les disciplines se développent les mêmes efforts de synthèse philosophique et religieuse. Nous sommes face à une période d&#8217;éclosion. Devant nous se profile une Renaissance mondiale, une nouvelle époque des Lumières appelée à bouleverser nos façons de penser. Il faut choisir Erasme, Thomas More et Montaigne, et éviter les tentations du sac de Rome, de la Saint-Barthélémy ou de la condamnation de Galilée.</p>
<p>Le défi de la multipolarité et de la mondialisation est au coeur de la redéfinition du devoir de citoyen. (&#8230;) En parallèle, émerge aujourd&#8217;hui une opinion publique mondiale. Le phénomène est irréversible. Les médias audiovisuels et Internet en sont évidemment les vecteurs privilégiés. Ils nous font entrer dans la société mondiale de l&#8217;information de masse. Les enjeux pour les libertés publiques et la diversité culturelle mondiale sont immenses dans les contenus et les moteurs de recherche sur Internet par exemple.</p>
<p>La fausse immédiateté médiatique nous met sous la pression constante de l&#8217;image. Elle place l&#8217;action sous l&#8217;emprise de la représentation, propice à toutes les dérives et détournements. Face aux risques de l&#8217;uniformisation, il est indispensable de protéger la diversité et de réfléchir au statut de la création dans nos sociétés, y compris à travers des financements innovants pour compenser les imperfections évidentes du marché dans ce domaine.</p>
<p>La cité des hommes &#8211; Dominique de Villepin &#8211; Plon &#8211; En vente dans toutes les librairies</p>
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		<title>La cité des hommes, par Dominique de Villepin (2/10): L&#039;épuisement de l&#039;Occident</title>
		<link>https://www.2villepin.fr/index.php/2009/07/18/1189-la-cite-des-hommes-par-dominique-de-villepin-2-11-l-epuisement-de-l-occident/</link>
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		<pubDate>Sat, 18 Jul 2009 00:34:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Fred</dc:creator>
				<category><![CDATA[La cité des hommes]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Aujourd'hui: L'épuisement de l'Occident</em></p> <p>Le malaise est profond. Il fait vaciller les soubassements mêmes de nos civilisations. Nous assistons à un tremblement de terre et au renversement d'un ordre planétaire. Dans vingt-cinq ans, la Chine pourrait se situer au premier rang des économies. Déjà, les contestations de l'ordre établi se multiplient. Le monde gronde et le rythme s'accélère. Le basculement dont l'année 2008 marque le pivot remet en cause la modernité occidentale.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Aujourd&#8217;hui: L&#8217;épuisement de l&#8217;Occident</em></p>
<p>Le malaise est profond. Il fait vaciller les soubassements mêmes de nos civilisations. Nous assistons à un tremblement de terre et au renversement d&#8217;un ordre planétaire. Dans vingt-cinq ans, la Chine pourrait se situer au premier rang des économies. Déjà, les contestations de l&#8217;ordre établi se multiplient. Le monde gronde et le rythme s&#8217;accélère. Le basculement dont l&#8217;année 2008 marque le pivot remet en cause la modernité occidentale.</p>
<p><span id="more-1189"></span></p>
<p>Etrange accident que cette hégémonie de l&#8217;Occident. Au XIVème siècle, le monde a été confronté à une période de crises importantes: peste, mauvaises récoltes, menaces turco-mongoles d&#8217;Asie centrale. C&#8217;était le temps de Tamerlan, du Prince Noir et des empereurs Yuan. De ces crises, les diverses aires culturelles se relèvèrent inégalement. Depuis la péninsule ibérique, des explorateurs et des conquérants partirent à l&#8217;assaut de nouveaux espaces. A la même époque, l&#8217;empire du Milieu lançait, sur toutes les mers ou presque, les sept grandes expéditions de la flotte des trésors de l&#8217;amiral Zheng He. C&#8217;était la première grande mondialisation, dont deux des principales aires culturelles du globe étaient les points de départ. Pourtant, en l&#8217;espace de quelques années, la Chine se replie. L&#8217;érection de nouveaux pans de la Grande Muraille et la guerre contre les nomades des steppes absorbent toutes les énergies de l&#8217;empire du Milieu. La flotte des trésors disparaît dans la légende. La mondialisation est désormais hémiplégique, pour le demi-millénaire suivant.</p>
<p>Alors que ce déséquilibre se corrige aujourd&#8217;hui devant nos yeux, comment expliquer cette supériorité que rien ne paraissait justifier économiquement ou politiquement? (&#8230;)</p>
<p>Pendant cinq cents ans, l&#8217;Occident a imposé au monde son modèle économique, ses idéaux, son mode de vie. Aujourd&#8217;hui, non seulement il perd le monopole du pouvoir, mais sa vision même de la modernité est discréditée.</p>
<p>Historiquement d&#8217;abord. Les guerres mondiales et les totalitarismes ont montré que l&#8217;Occident avait été incapable de tenir ses promesses chez lui. Les colonisations et les décolonisations ont révélé son incapacité à diffuser durablement ses valeurs démocratiques à l&#8217;échelle du monde.</p>
<p>Idéologiquement ensuite, car le discrédit touche désormais les fondements mêmes de son modèle de développement assis sur la trilogie du progrès technique, de la prospérité capitaliste et des moeurs individualistes. L&#8217;Occident a bâti son pouvoir sur la technique, c&#8217;est-à-dire sur une conception idéalisée de la nature qui en faisait un objet et un instrument à la portée des besoins et des désirs des hommes. Le progrès prométhéen repose fatalement sur le viol de la nature. Aujourd&#8217;hui, le crime originel resurgit, à mesure que les opinions publiques se rendent compte que la nature n&#8217;est pas une ressource infinie et inépuisable, mais un équilibre fragile dont l&#8217;homme est une partie. Le réchauffement climatique, les atteintes à la biodiversité et la pollution de l&#8217;air et de l&#8217;eau remettent en cause la survie même de l&#8217;espèce humaine.</p>
<p>De même, le capitalisme occidental connaît soubresauts et désastres qui annulent bien des promesses. Avec la croyance des Temps modernes en l&#8217;autonomie du marché, l&#8217;économique s&#8217;est constitué en champ distinct du politique, ce qui ne s&#8217;est produit dans aucune autre civilisation où les interdépendances entre privé et public sont plus enracinées.</p>
<p>Enfin, le triomphe de l&#8217;individu annoncé par la modernité et incarné par les libertés fondamentales autant que par la démocratie libérale est remis en cause. Liberté limitée à l&#8217;intérêt, égalité factice, fraternité moquée. Et si la dissolution de toutes les solidarités réelles empêchait, en fin de compte, l&#8217;émancipation de chacun? Ses désirs personnels satisfaits, l&#8217;individu découvre le vide d&#8217;un monde sans &laquo;&nbsp;nous&nbsp;&raquo;.</p>
<p>La cité des hommes &#8211; Dominique de Villepin &#8211; Plon &#8211; En vente dans toutes les librairies</p>
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		<title>La cité des hommes, par Dominique de Villepin (1/10): La revanche de l&#039;histoire</title>
		<link>https://www.2villepin.fr/index.php/2009/07/11/1182-la-cite-des-hommes-par-dominique-de-villepin-1-11-la-revanche-de-l-histoire/</link>
		<comments>https://www.2villepin.fr/index.php/2009/07/11/1182-la-cite-des-hommes-par-dominique-de-villepin-1-11-la-revanche-de-l-histoire/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 11 Jul 2009 10:08:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Fred</dc:creator>
				<category><![CDATA[La cité des hommes]]></category>

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		<description><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Aujourd'hui: La revanche de l'histoire</em></p> <p>L'histoire est de retour. Nous sommes à l'aube d'une de ces grandes crises qui façonnent depuis toujours la condition des hommes. On l'avait dite assoupie et épuisée il y a moins de vingt ans, appelée à prospérer dans la bonace, alors que les tempêtes guettaient à peu de distance. Il y eut d'abord 2001 et le bouleversement des attentats du 11 Septembre. Puis 2003, et l'enlisement de l'Amérique dans une logique de force. Enfin, l'été 2008 et ses déflagrations multiples, de la guerre en Géorgie à la faillite de Lehman Brothers.</p>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cet été, chaque samedi, retrouvez sur ce blog un extrait de La cité des hommes. Aujourd&#8217;hui: La revanche de l&#8217;histoire</em></p>
<p>L&#8217;histoire est de retour. Nous sommes à l&#8217;aube d&#8217;une de ces grandes crises qui façonnent depuis toujours la condition des hommes. On l&#8217;avait dite assoupie et épuisée il y a moins de vingt ans, appelée à prospérer dans la bonace, alors que les tempêtes guettaient à peu de distance. Il y eut d&#8217;abord 2001 et le bouleversement des attentats du 11 Septembre. Puis 2003, et l&#8217;enlisement de l&#8217;Amérique dans une logique de force. Enfin, l&#8217;été 2008 et ses déflagrations multiples, de la guerre en Géorgie à la faillite de Lehman Brothers.</p>
<p><span id="more-1182"></span></p>
<p>Les menaces s&#8217;accumulent. Le précédent de 1929 hante tous les esprits: une spéculation boursière aggravée par un recours excessif au levier financier, puis une catastrophe économique dans laquelle, de proche en proche, un effondrement bancaire entraîne une crise de crédit, celle-ci engendrant à son tour une récession industrielle. Demande et production s&#8217;engagent dans une spirale dépressive. Les Etats succombent aux pièges du protectionnisme, des dévaluations compétitives et des politiques aux effets déflationnistes. En 1932, le revenu national américain a diminué de moitié par rapport à ce qu&#8217;il était à la veille du krach. Les ressemblances sont réelles: la même brutalité d&#8217;une crise, au fond inéluctable, le même appel à la restauration de la morale, la même tentation du repli, le même risque d&#8217;abandon de certains pays fragiles.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui comme hier, il est illusoire de croire à un découplage de l&#8217;economique et du politique. La crise de 1929, faut-il le rappeler, a favorisé la prolifération des nationalismes et l&#8217;avènement du nazisme. La crise économique souffle, dans un cas comme dans l&#8217;autre, sur les braises d&#8217;un système international déséquilibré et incertain, ici l&#8217;unipolarité américaine après la guerre froide, là les frustrations du traité de Versailles à l&#8217;issue de la Première Guerre Mondiale.</p>
<p>D&#8217;ailleurs, 1929 n&#8217;est pas le seul exemple: toutes les crises économiques majeures charrient leur lot de conflits internationaux et d&#8217;instabilités politiques nationales. (&#8230;)</p>
<p>Au tournant du XXIème siècle, d&#8217;autres menaces existent: un Moyen-Orient plus dangereux que jamais, une rupture possible de la construction européenne ou encore un raidissement nationaliste de la Chine.</p>
<p>Enfin, les crises parachèvent des mouvements de fond déjà amorcés de longue date. La dépression de la fin du XIXème siècle a accéléré la montée en puissance des nouveaux pays industrialisés: Etats-Unis, Allemagne, Japon. 1929 a entériné le déclin européen et préparé la bipolarisation entre Russes et Américains. Aujourd&#8217;hui, l&#8217;ascension des pays émergents, Chine et Inde surtout, mais aussi, avec quelques bémols, Russie, Brésil et Mexique semblent inéluctable. Peut-être seront-ils plus secoués que d&#8217;autres car ils demeurent fragiles. Néanmoins, ils devraient sortir renforcés de l&#8217;épreuve. Une nouvelle hiérarchie économique et de nouvelles règles de la compétition se mettent en place.</p>
<p>Il faut exercer notre regard à saisir toutes les promesses de ces transformations. Chaque crise a ses vertus, à commencer par l&#8217;obligation de nous remettre en question. Elle nous donne l&#8217;occasion de nous débarasser des habitudes acquises, des facilités de l&#8217;indignation et de l&#8217;assèchement du sens critique. Rares sont les drames dont les hommes ne soient sortis plus déterminés à assurer leur prospérité et à garantir la paix. La sortie de l&#8217;enfer de la Seconde Guerre mondiale , engendrée par la dépression des années trente, a conduit au renouveau. La victoire a permis la refondation du pacte démocratique, avec de nouvelles constitutions plus audacieuses et plus équilibrées. Elle a légitimé la construction collective de l&#8217;Etat providence inspiré par Beveridge comme par le programme du Conseil national de la Résistance pour la France libre, à l&#8217;origine de l&#8217;ordonnance de la Sécurité sociale de 1944. Elle a instauré le compromis fordien des Trente Glorieuses, lorsque les gains de productivité et les hausses de salaire créaient les conditions de la demande accrue d&#8217;une société de consommation. Enfin, elle a jeté les bases d&#8217;une tentative inouïe de sécurité collective dans le cadre des Nations unies, dans le droit fil de l&#8217;idéalisme de la charte de l&#8217;Atlantique signée le 14 août 1941. (&#8230;)</p>
<p>Il faut se garder de deux écueils. La célébration béate des vertus de la crise, car le renouveau naît de douleurs humaines que nul ne peut oublier. La démesure prophétique, car la tentation est toujours grande de voir se dessiner la fin du monde dans les brumes des grandes faillites. Les écrits économiques et politiques des années trentes fourmillent de &laquo;&nbsp;crépuscules&nbsp;&raquo; ou de &laquo;&nbsp;fins&nbsp;&raquo; du capitalisme qui, avec près d&#8217;un siècle de recul, paraissent excessifs. La reconstruction nécessaire repose sur la capacité au réalisme dans les constats autant que dans les objectifs. Elle exige, pour être menée à bien, une vision et des bras. Elle est l&#8217;affaire des citoyens et de leur volonté, pour édifier une cité-monde qui soit enfin une cité des hommes.</p>
<p>La cité des hommes &#8211; Dominique de Villepin &#8211; Plon &#8211; En vente dans toutes les librairies</p>
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