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Commémorations: Jean-François Copé "totalement hostile" à la suppression du 8 mai ou du 11 novembre

Ce 11 novembre, l’Europe commémore le 90e anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale.

Alors qu’un rapport de l’historien André Kaspi, remis au secrétaire d’Etat à la Défense Jean-Marie Bockel, estime que « les commémorations publiques ou nationales sont trop nombreuses », le patron des députés UMP, Jean-François Copé, s’est déclaré « totalement hostile » à la suppression des journées de commémoration, notamment celles fériées comme le 8 mai ou le 11 novembre.

« Je vais sans doute paraître conservateur mais tant pis. A un moment où nous sommes en train de réfléchir à comment reconstituer une identité française, imaginer qu’on puisse le faire en foulant aux pieds des éléments majeurs de notre histoire, c’est un contresens vraiment très fort », a-t-il insisté.

« Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas imaginer des rendez-vous supplémentaires de commémoration, pas forcément des jours fériés d’ailleurs. Qu’il y ait lieu de marquer la journée de l’Europe (le 9 mai) ne me choque pas du tout », a ajouté le député de Seine-et-Marne.

Selon un « indiscret » publié par Le Journal du Dimanche, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, s’apprête à proposer que le 8 mai, jour férié célébrant la victoire sur l’Allemagne nazie, soit remplacé par une Journée de l’Europe, le 9 mai.

Le général de Gaulle avait supprimé en 1959, au nom de la réconciliation franco-allemande, le caractère férié du 8 mai et Valéry Giscard d’Estaing, en 1975, avait renoncé à son caractère commémoratif. Sitôt élu en 1981, François Mitterrand avait rétabli le 8 mai jour férié.

Le secrétaire d’Etat à la Défense, Jean-Marie Bockel, a lui déclaré dans Le Parisien Dimanche qu’il n’était « pas question de toucher au 11 novembre », « un jour particulier dans notre conscience nationale ».

Dans un rapport qu’il doit remettre mercredi au secrétaire d’Etat aux Anciens combattants Jean-Marie Bockel, l’historien André Kaspi, spécialiste des Etats-Unis et de la Seconde Guerre mondiale, réprouve une « inflation » commémorative en cours « depuis 1999″ (sous la présidence Chirac), relevant parfois du « clientélisme » ou du « communautarisme ».

Il propose, a-t-il indiqué lundi à l’AFP, de donner « une signification particulière » et nationale aux seuls 8 mai, 14 juillet et 11 novembre, qui sont aussi les uniques jours fériés. Les autres dates (journée de la déportation, abolition de l’esclavage…) auraient « un statut régional » ou « communautaire », mais aussi éventuellement -quoique moins souvent- « national ».

« Il y a un risque de désintérêt de la jeunesse pour ces commémorations, c’est pour ça qu’il faut réfléchir à leur nombre », a avancé l’historien, réfutant toute idée d’en supprimer une.

« Il n’est pas question d’instaurer chez nous un « Memorial Day » à la française. Ce n’est pas notre tradition, ni notre culture (…) Il faut s’efforcer de donner à ces commémorations un caractère exceptionnel afin qu’elles marquent le public et de les moderniser pour leur redonner vie et attractivité », a souligné pour sa part M. Bockel.

La première commémoration du 11 novembre sans Poilu

Ce 11 novembre 2008 aura une tonalité particulière: au premier rang des cérémonies organisées un peu partout en France, il n’y aura pas de Poilus, ces combattants de 14-18 que les livres d’histoire montrent le regard vide, fusil Lebel à l’épaule, dans des tranchées boueuses et jonchées de cadavres.

Le dernier d’entre eux, Lazare Ponticelli, s’est éteint le 12 mars à 110 ans. Parce qu’il pensait que cela serait « un affront à ceux qui sont morts » avant lui, il n’avait pas souhaité de funérailles nationales. Un hommage solennel lui avait été rendu aux Invalides en présence du président Sarkozy.

Comme lui, légionnaire engagé en 1914 à 17 ans, ils furent 8,5 millions de soldats à être mobilisés. 1,4 million, dont de nombreux tirailleurs des colonies, n’en reviendront pas. La plupart avaient entre 18 et 25 ans. En France et en Allemagne, un soldat engagé sur six a été tué.

Parce que nous « passons de la mémoire à l’histoire », « nous devons nous mobiliser pour transmettre aux jeunes générations le sens de ces événements, le sens du sacrifice de nos anciens », selon M. Bockel.

Source: Agence France Presse

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