
Photo: Claude Mislin – Le Pays
Dans une interview accordée au quotidien Le Pays, le député UMP de Haute-Saône Michel Raison explique son engagement derrière Dominique de Villepin et la manière dont évoluent ses relations avec Nicolas Sarkozy.
Avec le franc-parler qu’on lui connaît, Michel Raison évoque également le bouclier fiscal, la taxe carbone et l’ouverture à gauche…
A noter: Dominique de Villepin sera en Haute-Saône ce vendredi 9 avril pour assister à l’assemblée générale des Jeunes agriculteurs.
Claude Mislin – Le Pays
Le Pays: Vous venez de rejoindre Dominique de Villepin… Quelle différence entre l’ancien Premier ministre et l’actuel président de la République ?
Michel Raison: Je ne viens pas de le rejoindre. Je ne l’ai jamais abandonné depuis l’épreuve qu’il a traversée avec le CPE. Déjà, à cette époque, j’étais loyal avec le gouvernement en place et je le suis encore aujourd’hui. Avec Dominique de Villepin, il est facile d’avoir un dialogue. Il a une vision précise du monde et de la place que la France doit y tenir. Il est respectueux des équilibres sociaux de notre pays
En vous positionnant de la sorte vous vous êtes « grillé » à l’Élysée ?
J’ai toujours dit que je resterais loyal envers le président de la République et le gouvernement que je soutiens. Mon travail parlementaire et ma présence active à l’Assemblée nationale en témoignent. J’ai toujours dit aussi que j’étais libre de parole et je rends service à Nicolas Sarkozy en parlant franchement et en traduisant clairement ce que les citoyens de ma circonscription ont du mal à saisir.
La démarche de Dominique de Villepin ne correspond-elle pas simplement à la constitution d’une écurie présidentielle deux ans avant l’échéance… Les préoccupations des Français se situent à plus court terme, non ?
Il est naturel, normal et sain que des hommes et des femmes de qualité se constituent en courants, se regroupent par sensibilité. Cela évite le phénomène — tour d’ivoire — et le monolithisme des idées. L’intérêt des Français est d’avoir des élus qui trouvent des points d’équilibre sur les grands enjeux !
Comment adhérer aux idées de Dominique de Villepin tout en restant à l’UMP ? C’est un peu comme le sénateur UMP Jean-François Humbert qui voulait se présenter aux régionales contre le candidat officiel du parti…
C’est totalement différent. Pour moi, la limite est fixée par la désignation du candidat officiel de mon parti. Je ne franchirai pas cette limite… À ce jour, Dominique de Villepin est toujours à l’UMP, comme Alain Juppé d’ailleurs. Pourquoi n’auraient-ils pas le droit de se positionner ?
Êtes-vous le seul politique franc-comtois à avoir rejoint l’ancien Premier ministre ?
En tant que parlementaire, oui, mais je note l’intérêt de différents élus locaux pour cette sensibilité.
Comme Michel Zumkeller, député UMP du Territoire de Belfort, vous n’avez pas participé au meeting de l’entre-deux tours des régionales avec François Fillon à Besançon ? Pensiez-vous que la bataille du second tour était perdue d’avance ou êtes-vous en froid avec Alain Joyandet ?
Ne cherchez pas si loin ! Je ne suis pas un homme politique « tordu ». J’ai soutenu fortement Alain Joyandet et ses colistiers, dont un Luxovien qui est dans mon équipe municipale. Par ailleurs, je respecte beaucoup le Premier ministre. Mais en tant que maire de Luxeuil, j’avais une obligation que j’ai tenue à respecter vis-à-vis de mes collègues élus à la Communauté de communes.
Est-ce que vous serez candidat à votre succession à l’Assemblée nationale ?
Après le redécoupage, il reste deux circonscriptions en Haute-Saône. Si je suis en bonne santé et que j’ai toujours la foi, je serai candidat à la candidature pour mon parti.
Est-ce que vous êtes favorable à l’organisation de primaires pour désigner le candidat de la droite à la présidentielle de 2012 ?
Oui, mais avec des conditions établies à l’avance et acceptées par tous les prétendants. Pour pouvoir participer à cette primaire, tous les candidats devraient s’engager à soutenir le mieux placé…
Comment appréciez-vous le retrait de la taxe carbone dès le lendemain des régionales ?
Je n’y ai jamais été favorable. Cette décision pragmatique est donc de bon sens. Si l’idée d’une fiscalité écologique incitative est bonne, le montage juridique et budgétaire de la taxe carbone était trop complexe pour être compris et accepté par nos concitoyens. Elle aurait pénalisé les ménages les plus faibles, en particulier en milieu rural, ne pouvant s’offrir des équipements modernes (logement, véhicule) (…) et ne disposant pas de transports collectifs. Elle aurait aussi pénalisé la France qui fait déjà face, en terme de normes, à de fortes distorsions de concurrence économique avec les autres pays européens ou non. Le combat pour la mise en œuvre d’une telle mesure à l’échelle européenne est donc plus judicieux et la France doit continuer à jouer un rôle moteur…
Que pensez-vous de la suspension, voire de la suppression du bouclier fiscal, qui semble ne plus être un sujet tabou à l’UMP ?
Le bouclier fiscal est une bonne mesure qui vise à garder en France ceux qui, par leurs patrimoines et leurs investissements, financent aussi les dépenses publiques de l’État et participent ainsi à la redistribution. Toutefois, une évolution du bouclier m’est toujours apparue souhaitable. C’est pourquoi, je soutiens depuis deux ans la sortie de la CSG du mode de calcul du bouclier afin que cette cotisation à caractère sociale soit réellement payée par tous.
Êtes-vous de ceux qui pensent que le président de la République est allé trop loin en matière d’ouverture à gauche en oubliant de « soigner » d’abord les siens et ses alliés de la majorité ?
Le président peut aussi compter sur de nombreux talents au sein de sa majorité, mais l’ouverture au sein du gouvernement ne me choque pas. En revanche, je peux comprendre que la nomination d’élus socialistes au Conseil constitutionnel et à la Cour des comptes ait troublé les électeurs de droite. Sans même satisfaire ou plaire aux électeurs de gauche. Mais, globalement, je maintiens que l’ouverture est un point positif à mettre au crédit de Nicolas Sarkozy.
Source: Propos sollicités par Claude Mislin (Le Pays – Belfort, Héricourt, Montbéliard)


